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Ces quatre jours de procès ont permis de s’immerger au cœur du fonctionnement de la BAC Nord de Marseille, de décortiquer, des pratiques quotidiennes, et des contraintes que rencontrent les policiers dans l’exercice de leur activité.

Le dossier de la BAC Nord devant le tribunal correctionnel de Marseille.
Le dossier de la BAC Nord devant le tribunal correctionnel de Marseille. © Jean-François GIORGETTI/ FTV

Sur le banc des prévenus 15 sont encore en exercice dans divers services de police de la région et d’ailleurs ; certains officient dans des BAC hors Marseille et un a réintégré la BAC Nord. Trois ont été radié. Ils sont âgés de 37 à 60 ans.

« On a été salis et traités de voyous. »

Tous ont parlé de l’enquête qui les a visés, de la garde à vue traumatisante en mettant en cause l’attitude des enquêteurs de l’IGPN. L’un d’eux dira : « on m’a empêché de me brosser les dents et de changer d’habits… ».

Parmi les sept qui ont été incarcérés pendant deux mois et demi, Sébastien Soulé, va lâcher après avoir réprimé un sanglot, que la détention : « ça vous change un homme… ». Depuis, il est devenu permanent du syndicat Alliance.

Ils sont venus à ce procès pour laver leur honneur et retirer l’étiquette « ripoux » qui leur a été collée sur eux. « On a été salis et traités de voyous. »

Ces quatre jours d’audience, ont mis au jour un fonctionnement particulier, « il n’y aucune procédure, aucune transparence sur le fait qu’un fonctionnaire saisit du cannabis, hors de tout cadre légal.» S’écrie Cécile Pendariès, la présidente du tribunal correctionnel, en rajoutant : »vous aviez connaissance que vos agissements étaient illégaux ? »

Au cours de ces longues journées, la présidente a entendu un à un les 18 protagonistes de cette affaire de vols aggravés et de trafics de drogue. Pour ces faits, qui datent de 2012, ils encourent au maximum 10 ans de prison.

Ces auditions ont montré que la présidente Cécile Pendariès, s’est trouvée confrontée à des hommes qui ont maintenu des déclarations faites au cours de l’enquête. La magistrate a essayé de faire comprendre aux fonctionnaires que les agissements dont ils sont accusés, sont des dérives.

A part quelques-uns qui ont reconnu des dérapages, comme Mathieu Ponchant qui a évoqué « une certaine légèreté procédurale »un autre dira : »on a perdu totalement la réalité des choses…. » La grande majorité est restée campée sur ses déclarations initiales, faites en garde à vue et une bonne partie a nié les faits reprochés.

A l’aide de petites enceintes posée devant elle, la présidente a diffusé plusieurs sonorisations réalisées à bord des voitures de patrouille. Pour les confronter aux propos tenus dans les habitacles. Elle a d’abord interrogé un à un, les fonctionnaires.

Ensuite, la juge a reconstitué les équipages et leur a demandé quel était le sens de ces conversations. En réponse les prévenus ont parlé de « gros délires », « de conversations fantasmatiques » ou « d’humour mal interprété «.

Extrait d’un enregistrement réalisé dans la voiture de patrouille, le 10 août 2012.

« Qui a des clopes ?

-Un autre : vous voulez récupérer des clopes ?

-Si tu veux

-J'ai gardé ... les "mal" light pour ma copine si ça ne vous dérange pas

-Non ! Non ! Non ! Mais les light

-Joli !

-Bizarrement ils sont partis

-C’est dommage

-Y’a pas le négro qu'est parti en courant ?

-Ouais il est parti.

-J’adorais, c'était de venir à pied là, putain, quand j'étais à l'UTEQ on leur raflait des cartons entiers ! « 

A la barre Matthieu Ponchant affecté à la BAC Nord depuis juillet 2011 : « Si on avait pris le vendeur, on l’aurait interpellé et on avait les cigarettes, comme ça on faisait l’affaire…  C’est un choix, une liberté. J’aurai dû faire une main courante.»

-Le Procureur : « votre attitude n’est pas très professionnelle. Ce ne sont pas des paroles adaptées.»

-Le Policier « on avait une certaine légèreté procédurale. »

Autre sonorisation diffusée par la présidente :

C’était le 9 septembre 2012 : L’équipage composé de quatre hommes dont notamment David Gabens et Sébastien Laplagne. Ils contrôlent un voleur présumé qui détient des chaînes en or :

« Eh viens voir. C’est de l'or ? La chaîne, c'est de l'or ou pas ?

-L’individu : chai pas

-Tu les as arrachées et tu sais pas? 

-L’individu non, je les aie pas arrachées 

-Bon allez file nous deux barrettes et on te laisse tranquille, ...on repasse dans une heure

-L’individu: j'ai rien moi

-C’est quoi ton nom toi, ...tu habites où? ... Salengro, ça va, à plus tard »

A la barre, Sébastien Laplagne, surnommé « Bob », 9 ans de BAC Nord derrière lui. A la tête du groupe C, précise qu’il s’agit d’une conversation isolée.

La présidente : « vous êtes le chef du groupe. Qu’est-ce que cela vous inspire ? »

Sébastien Laplagne : « je ne peux pas avoir la maîtrise de la parole de tous. »

La présidente : »Ce n’est pas normal qu’on s’interroge quand on entend un policier dire à un jeune donne nous deux barrettes de cannabis ? »

Sébastien Laplagne : « ça reste une discussion avec de l’humour. »

Ces traits d’humour ne sont pas du goût du procureur adjoint, André Ribes, qui tonne : » soit on ne s’arrête pas pour lui dire, c’est de l’or, soit on le contrôle. Si on me fait ça à 16 ans, et qu’on m’a dit que la police n’est pas avec moi, je comprends pourquoi. Ce n’est pas étonnant, après qu’il y a des soupçons. Si on ne fait pas ça, il n’y a pas de rumeur… »

Autre sonorisation diffusée par Madame Pendariès. Les policiers ont amené un homme dans leur voiture et s’aperçoivent qu’il a dissimulé 250 €uros dans ses chaussettes. Les faits se sont déroulés le 3 août 2012, dans l’après-midi. La discussion s’envenime entre Daniel et les policiers, qui viennent de découvrir l’argent caché dans les chaussettes.

Un policier : au lieu de dire chef j'ai 250 euros, j'ai 200 euros hein

Daniel: vous allez me les prendre non ? Vous allez me les prendre ?

Un policier : Je m'en bâts les couilles d'où ça vient hein !

Daniel: vous allez me le prendre ? Si vous allez me le prendre !

Un policier: et que tu me caches 200 euros ... pourquoi tu me caches 200 euros ? Écoute-moi, ils viennent d'où les sous ? D’où ils viennent les sous ?

Daniel: depuis chez moi, rends les moi alors

Un policier : attends ! Attends Arnaud !... (inaudible) nan tu vas voir ! On va l'amener à la carrière ! …

Daniel : je suis sûr que vous allez me prendre mes sous ! Je suis accroché mes sous ... parce qu'après on me les prend mes sous!

Un policier : (autoritaire et sûr de Daniel) : moi je te les prends, tu vas voir si je te les prends !

Au fur et à mesure que l’audience avance, le procureur adjoint devient de plus en plus offensif et s’étonne des libertés prises avec les procédures par les hommes de la BAC Nord.

La plupart des fonctionnaires mis en cause ont tenu un discours offensif face à leurs juges, voire défiant. Tous ont dénoncé les pressions de leur hiérarchie pour faire du chiffre, et disent avoir agi au mieux.

Stéphane Joly ira jusqu’à dire que la BAC Nord c’était : » le porte-avions de la police de Marseille, et il fallait charbonner pour que les supérieurs montent hiérarchiquement, les chiffres font avancer leur promotion. » 

La présidente a posé à chaque prévenu la même question : »Lors des perquisitions, on a découvert 340 grammes de cannabis et des sacoches dans les faux plafonds des vestiaires de la BAC Nord. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

La plupart des prévenus a répondu : »je suis étonné ! »

En marge du procès, mercredi 14 avril, devant le tribunal, Stéphane Ravier s’est entretenu longuement avec Rudy Manna le secrétaire départemental du syndicat Alliance police nationale.

Le sénateur du Rassemblement National est venu apporter son soutien aux policiers qui selon lui est une affaire : »qui se dégonfle chaque jour un peu plus. »

Le procès reprendra lundi avec les réquisitions du parquet.

*Nous avons volontairement donné une partie de son nom.

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Source de l'article : https://france3-regions.francetvinfo.fr/provence-alpes-cote-d-azur/bouches-du-rhone/marseille/marseille-bac-nord-paroles-de-baqueux-retour-sur-une-semaine-de-proces-2049754.html
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